LFM — Samedi 5 mars 2022

L'ambassadeur de l'Ukraine dans les tribunes

Cette session était censée s’ouvrir dans une ambiance printanière de légèreté en passe d’être reconquise par rapport à la situation sanitaire.

Les collègues des cantons catholiques arboraient leur mutine médaille de carnaval ; toutes et tous appréciaient de travailler sans plexiglas. Le plaisir de se retrouver pour la session a bien vite fait place à l’incompréhension et à la sidération par rapport à l’évolution si cruelle de la guerre en Ukraine.

Le Bureau du Parlement, auquel je participe, a eu à se prononcer en amont de la session lundi après-midi, sur la pertinence de faire une déclaration politique. Si cela me paraissait évident de manifester notre désapprobation sans équivoque face aux décisions du président Poutine, d’exprimer notre soutien à la population de l’Ukraine et d’affirmer notre volonté d’engagement en faveur de la paix, on peut aisément imaginer la discussion politique quant à la neutralité de la Suisse.

On ne connaissait pas encore la décision du Conseil fédéral qui siégeait au même moment, quant aux sanctions que notre pays allait prendre. Après bien des tergiversations, d’une vacuité déconcertante, quant à la forme institutionnelle à donner à cette déclaration, l’option retenue a finalement permis une prise de position du Conseil des Etats.

Mardi matin en début de séance, l’ambassadeur Rybchenko a pris place dans les tribunes de la salle du Conseil des Etats. Au moment de l’applaudir, j’ai ressenti un profond respect à l’égard de la population de son pays, de la détermination de son président Zelenski, de la communauté ukrainienne en Suisse, mais aussi de la population russe qui ne veut pas de cette guerre aux relents nauséabonds. Je ne pensais pas qu’un jour, nous vivrions en Europe une telle catastrophe qui, chaque nuit, chaque jour, nous amène un peu plus loin dans une sordide tragédie humaine.

Les groupes politiques se sont exprimés, de même que le président de la Confédération Cassis. Je considère qu’il n’était pas temps de parler de nos propres inquiétudes de pays neutre et de profiter de ce contexte pour développer un discours au sujet de notre politique de sécurité.

Il convenait avant tout de nous accorder sur les points essentiels de la déclaration, soit un cessez-le-feu immédiat, soit la réaffirmation inconditionnelle de notre tradition humanitaire avec une aide sur place pour la population civile et un accueil des réfugiés, sans négliger la proposition de nos bons offices. En définitive, j’ai apprécié le fait que l’UDC s’abstienne et ne refuse pas la déclaration acceptée à l’unanimité, contrairement à sa position de refus au Conseil national.

Au terme des prises de parole, au moment de nous lever pour témoigner en silence de notre solidarité, j’ai ressenti à quel point bon nombre d’objets portés à l’ordre du jour de la semaine devenaient pour le moins futiles…

Elisabeth Baume-Schneider, Les Breuleux
Conseillère aux Etats