LFM — Samedi 4 décembre 2021

Sur la place fédérale, une parole citoyenne interpelle les élus

La session d’hiver débute le lundi après-midi avec la journée des élections.

Le rituel est rôdé tel une chorégraphie avec distribution des bulletins et changement de place pour élire les membres du Bureau. Lors de la séance du Bureau précédent l’ouverture de la session, j’ai ressenti l’émotion du président sortant Alex Kuprecht au moment où on lui a remis le drapeau de son canton.

Les couleurs de Schwytz, qui ont orné notre salle durant une année, ont fait place au drapeau de Glaris. Notre collègue Thomas Hefti était un brin fébrile et il était émouvant de voir sa famille et les autorités de son canton à la tribune pour l’accompagner dans ce passage de responsabilités. J’ai ressenti la déception des autorités quant à la nécessité de reporter la fête prévue dans son canton ce mercredi…

Il est motivant de voir le trio qui suit avec, pour la première fois dans une institution plutôt conservatrice, trois femmes : Brigitte Haeberli-Koller, la soussignée et Lisa Mazzone en qualité de vice-présidente, 2e vice-présidente et scrutatrice.

La première semaine invite les députés à traiter d’objets importants, avec notamment le budget et la loi Covid-19 qui nous permettent de déterminer les moyens financiers à mettre à disposition pour accompagner les options politiques prises. Avec la péjoration de la situation sanitaire et le variant Omicron, il est indispensable de prolonger le dispositif d’aides financières d’une année et de déléguer au Conseil fédéral les compétences lui permettant d’adapter les dispositifs de soutien aux décisions qu’il prend en matière de protection sanitaire. Je me réjouis du fait que cette option semble s’imposer au fil des décisions prises dans les deux chambres.

Cinquième semaine de grève

Alors qu’à l’intérieur du Palais fédéral, le travail politique bat son plein, sur la place fédérale une autre parole citoyenne interpelle les élus. Guillermo Fernandez, père de famille fribourgeois, a entamé sa cinquième semaine de grève de la faim et entend placer le monde politique face à ses responsabilités par rapport au réchauffement climatique. Il exige que les scientifiques soient entendus afin de prendre les décisions qui s’imposent en termes d’urgence climatique. En discutant avec lui, j'ai compris et je respecte son inquiétude et ses objectifs visant à libérer la parole des parents, grands-parents, citoyens qui ont peur pour l’avenir de leurs enfants et de la planète, tout comme je suis acquise au fait qu’il est important que les scientifiques assument leurs études et les incarnent en les présentant aux politiques.

Nous avons échangé sur le fait que sa mesure est extrême, même si elle relève d’un choix personnel et qu’il existe d’autres chemins démocratiques pour faire entendre sa voix. J’ai également abordé le fait que nous disposons d’une pléthore d’informations et que s’il est important d’alerter les politiques, il eût également été fondamental de s’engager au moment de la votation sur la loi CO2 qui nous aurait déjà permis de faire un pas significatif, en ajustant par la suite certains mécanismes de la loi pour prendre en considération la situation des régions périphériques.

J’espère vivement que nous arriverons à trouver, la semaine prochaine, une solution raisonnable consistant à organiser une séance d’information qui lui permette de considérer une première étape de sa mission accomplie. Les moyens démocratiques à disposition en Suisse devraient lui permettre de renoncer à sa grève de la faim pour poursuivre son combat différemment. Sa voix est assurément utile, alors que la mise en danger de sa santé, même si elle relève de son choix, ne permettra pas de relayer et d’incarner son message sur le long terme.

 

 

Elisabeth Baume-Schneider, Les Breuleux
Conseillère aux Etats