LFM — samedi 4 juin 2022

Protection des animaux, budget militaire et luxueuse carte postale

Le programme de la session est comme à l’accoutumée dense et diversifié. Désormais, à l’instar de la pratique du Conseil national, vous pouvez retrouver tous les votes des élus au Conseil des Etats.

Ce lundi fut consacré en partie à des motions traitant de protection des animaux. Bien que ces interventions aient été largement acceptées au Conseil national, les débats au Conseil des Etats ont, comme régulièrement d’ailleurs, connu une issue différente.

Ainsi, l’interdiction d’importation de trophées de chasse a été refusée par 22 voix contre 17 et deux abstentions, tandis que l’importation de produits de fourrure issus d’animaux maltraités pourra se poursuivre, à la suite d’un résultat de vote favorable avec 25 oui et 19 oppositions.

Je concède volontiers ma déception et mon incompréhension quant à cette situation. Il est en effet avéré que l’étiquetage des marchandises est
largement lacunaire et il ne s’agissait aucunement d’interdire la fourrure mais uniquement d’exclure l’importation de produits issus d’animaux
maltraités comme nous l’avions fait à une certaine époque avec les bébés phoques… Seule la motion demandant que le raccourcissement de la queue
des agneaux ne puisse plus être effectué que sous anesthésie a trouvé gain de cause auprès de mes collègues.

Contexte dramatique

Jeudi, l’ensemble de la matinée a permis de mener le débat concernant le message sur l’armée. Si le sujet est à chaque fois de nature clivante et émotionnelle, il est à relever que le contexte actuel si dramatique de la guerre en Ukraine donne une nouvelle dimension au débat sur la sécurité militaire, en particulier en Europe et en Suisse.

Je ne conteste pas la nécessité de modernisation de l’armée suisse, en particulier dans le domaine de la cyberdéfense, et ne vais pas entrer
dans un débat technique au sujet de l’acquisition des F-35. J’y suis opposée, le peuple suisse s’est prononcé pour l’acquisition d’avions et le Conseil fédéral doit prendre ses res- ponsabilités.

Pesonne n’aurait certes pu prévoir, en début d’année, les horreurs et la durée de la guerre en Ukraine, suite à l’attaque d’un président Poutine obsédé par la reconstitution d’un empire d’un autre temps. Toutefois, je regrette que la majorité des Chambres fédérales s’engouffre dans un débat qui repose sur une conception archaïque de notre armée d’autrefois par rapport aux enjeux actuels de la Suisse.

Entourés par les pays membres de l’Otan, nous pouvons et devons être solidaires, nous pouvons et devons investir, mais pas de manière excessive dans des systèmes de mortiers ou autres. Je suis terriblement inquiète du fait que la promotion de la paix soit totalement absente des débats.

Vingt millions de francs

Si je me suis à chaque fois retrouvée, comme attendu, dans la minorité, je suis restée pour le moins pantoise par rapport aux avions Tiger. Une fois n’est pas coutume, je vais citer mon collègue neuchâtelois PLR Philippe Bauer : « Est-ce que véritablement voir les Alpes, de la neige, les crêtes du Jura, nos lacs, des Tiger qui les survolent, peints en rouge, avec notre croix fédérale, vaut 20 millions de francs ? »

Et bien, il faut croire que oui car, avec 24 voix contre 18, il a été décidé de se payer cette carte postale ! Je vous laisse imaginer à quoi un tel montant pourrait être alloué dans le domaine social ou de la formation, ou encore en faveur de la prime de soutien à l’élevage du

Elisabeth Baume-Schneider, Les Breuleux
Conseillère aux Etats