Elisabeth Baume-Schneider

Conseillère aux États (JU)

 — Seules les paroles prononcées font foi.

  — « C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche »
Pierre Soulages

J’ai le bonheur et l’honneur de faire part de ma candidature pour la succession de Simonetta Sommaruga. Je concède volontiers être émue, même intimidée car je mesure l’importance de la fonction. J’exprime ma chaleureuse reconnaissance à l’égard de son engagement total, expert et généreux de politicienne et de femme de convictions.

L’intimidation passée, je vous livre les raisons qui nourrissent ma motivation et mon envie. J’ai l’intime conviction que mon expérience et mes racines peuvent être utiles à la Suisse de demain.

En effet, les défis politiques auxquels notre pays est confronté sont complexes. Je pense naturellement à la diminution du pouvoir d’achat avec la flambée des prix de l’énergie ou encore les hausses récurrentes, et vertigineuses des primes de caisse maladie, je pense à l’urgence climatique, et à la nécessité d’investir dans des programmes d’efficience énergétique. Je pense aussi aux drames humains de la crise migratoire ou encore à l’austérité financière qui s’impose régulièrement dans le financement des assurances sociales, en particulier celui de la réforme de la prévoyance vieillesse. Je pense à l’égalité salariale qui n’est toujours pas atteinte, aux difficultés de trouver des places d’accueil pour les enfants, à la nécessité d’aider les proches aidants qui s’épuisent….

Cette liste n’est pas exhaustive. Les incertitudes sont grandes et la confiance de la population à l’égard du monde politique s’érode. On peut malheureusement aussi observer que les crises ne touchent pas tout le monde de la même manière ; dans un pays aussi prospère que le nôtre, il est indispensable que la solidarité ne se laisse pas corsetée dans les discours convenus.

Ma candidature au Conseil fédéral répond aux défis d’aujourd’hui, pour la Suisse de demain. Car la justice sociale, la reconnaissance de la marginalité, de la différence et de l’altérité sont au cœur de mon parcours. Fille de paysans, je me souviens des ouvriers agricoles autour de la table et de mon incompréhension face à leur statut de saisonnier. Par contre, je me souviens aussi de la richesse de la diversité avec des ouvriers venant de Turquie, de l’ex Yougoslavie.

La diversité est aussi le fil rouge de mon parcours de vie. J’ai eu la chance d’étudier l’économie et les sciences sociales à l’Université de Neuchâtel, grâce à une bourse d’études de mon canton. J’ai choisi de travailler en tant qu’assistante sociale dans le service social régional de ma région, les Franches-Montagnes. J’ai eu la possibilité en job sharing de mettre en œuvre un concept de mesures d’insertion dans mon Canton, le Jura. Constatant à quel point il est difficile de prendre la parole, lorsqu’on est en situation de précarité, j’ai décidé de m’engager en politique.

Prendre la parole est en fait l’ADN de l’engagement politique et aujourd’hui, je la prends cette parole de citoyenne d’une région dite périphérique, cette parole de femme engagée. Je suis une femme citoyenne totalement ancrée dans la vie réelle, connectée aux réalités du terrain d’aujourd’hui. Grâce à mes expériences de vie et de travail, à mon réseau, à mes engagements associatifs, je suis et je reste une femme de la base qui veut amener ces réalités au Conseil fédéral. S’il fallait décrire les intérêts que je porte, ce serait ceux de la vie réelle.

Je suis une femme de terrain et de dossiers, je viens d’une région forte en contrastes. J’affirme volontiers que les Franches-Montagnes, avec leurs pâturages boisés et leur industrie incarnent une ruralité résolument moderne.

Mon canton reflète ces paradoxes, avec de nombreux talents, une incroyable qualité de vie mais aussi des difficultés en matière de développement économique.

J’ai une longue expérience au sein de l’exécutif jurassien. En ayant assumé durant 13 ans le Département de la formation, de la culture et des sports, je sais ce que sont les arbitrages financiers, la nécessité de négocier, la capacité à perdre sur un dossier et à revenir à charge avec des arguments plus convaincants.

La réalité des régions ouvrières, industrielles, sans grand centre urbain est à prendre en considération quand on développe des bases légales à l’échelon national. Elles ont à chaque fois des implications directes ou indirectes sur les finances cantonales et communales, sur la vie quotidienne des citoyens. Le fédéralisme doit être un organisme vivant, solide et rassurant dans sa capacité à harmoniser et agile et pragmatique dans sa responsabilité à prendre en considération les spécificités des régions et des cantons. Cette conscience doit être portée au Conseil fédéral

J’ai hérité de mon parcours et de mon canton un état d’esprit combatif. La résolution de la question jurassienne dans laquelle je me suis investie en est un bon exemple de capacité à rebondir et de ténacité. Combatif ne veut pas dire borné et même dans un dossier aussi émotionnel, la solution a été trouvée via la recherche de compromis pragmatiques. Défendre ses idées mais aboutir à des solutions, j’ai ce principe très ancré en moi.

Ma candidature au conseil fédéral arrive à point nommé pour un canton qui grandit, qui vit l’expérience historique de l’intégration d’une commune, Moutier, se pose des questions de société fondamentale et redéfinit son identité.

Le Jura est assez grand pour le Conseil fédéral. Je suis persuadée que l’expérience d’un petit canton, souple et innovant comme le Jura, peut être utile pour trouver les solutions pragmatiques dont la Suisse a besoin Dépasser les corporatismes, rassembler, créer du lien sont autant d’éléments de ma manière de faire de la politique. J’ai toujours travaillé dans une posture de minoritaire, de femme, de socialiste et Jurassienne et je me suis toujours attachée à consolider des dossiers pour conquérir des décisions favorables auprès de mes collègues et mes partenaires. J’ai aussi pu mesurer la nécessité de travailler avec les autres cantons dans le cadre des différentes conférences en présidant notamment pendant deux ans la conférence du Nord-Ouest de la Suisse.

Cela me permet d’anticiper une question que vous aurez certainement. Celle de la langue. N’est-ce pas le tour d’une candidature alémanique ? Je suis très sensible aux équilibres,de genre de culture, mais je pense justement représenter un pont. En tant que Jurassienne, j’ai l’habitude de travailler en réseau. L’arc jurassien, la Suisse romande, mais aussi le Nord-Ouest de la Suisse de Bâle à l’Argovie. Enfant, à la maison, je parlais l’allemand, langue que je maitrise. Je connais les réalités du pays de manière large et je me sens légitime pour dépasser cette question de la définition stricte de la Romandie et de la Suisse alémanique. L’essentiel étant à mon sens de se comprendre. Je pense être également capable de m’adapter aux dossiers qui pourraient m’être confiés quels qu’ils soient.

Pour résumer, j’aurai 59 ans à Noël, Pierre-André est mon mari, nous sommes parents de Luc et de Théo, j’habite aux Breuleux au milieu d’un pâturage dans une ferme rénovée de 1703, j’aime m’impliquer, le débat d’idées, le travail collectif … et je suis contente d’avoir décidé de me lancer !

Je ne saurais manquer de rappeler que si j’ai la possibilité de m’exprimer aujourd’hui, je le dois à des pionnières qui ont pris des risques et comme le disait Benoîte Groult se sont battues pour un besoin aussi vital et brûlant que le besoin d’aimer.

En conclusion et si je reprends ma phrase du début : c’est ce que je fais qui m’apprend ce que je recherche. Plus je m’engage, plus je ressens, certes avec l’âge de manière un peu plus apaisée, ce besoin d’une prospérité véritablement partagée. Le canton du Jura, ma région vit une situation particulière actuellement avec la fermeture de l’usine BAT et cette réalité des régions plus modestes avec des petits salaires, cette difficulté mais aussi cette capacité de résistance, de résilience, cette authenticité et cette créativité, cette modernité rurale, je veux les insuffler au sein du Conseil fédéral.

Je vous remercie de votre attention.